L´homme cheval

Peter Lörincz
exposition
2004



A la recherche de l'homme cheval

La rencontre entre art et écriture est une des missions d'une maison d'écrivain. Ainsi se constitue autour d'une reuvre littéraire un Musee imaginaire et sensible. Cette démarche a pour objet d'offrir au visiteur 1a possibilite de confronter un thème littéraire et des oeuvres d'art, d'ouvrir son regard à tous les possibles.

Dans cet esprit, l'exposition l´homme cheval propose une lecture originale du poème en prose de Maurice de Guérin : Le centaure.

Le projet laisse la parole à un artiste allemands Peter Lörincz, originaire de Mayence, qui vit depuis quelques annáes dans l'Herault. Son travail est une interrogation sur le graphisme, ses filiations et ses interpretations.
Peter Lörincz s'empare du thème du centaure et livre au visiteur une vision tres personnelle de l'homme cheval. Ses dessins et gravures s'inscrivent au plan technique dans la tradition allemande. Le trait est expressif, incisif. Il «singe» délibérement les grands maîtres de l'histoire de l'art en détournant avec humour et cynisme les emblèmes du bon goût qu'ils sont devenus. Dans ces variations de 1a morphologie, la jocande de Leonard de Vinci devient centaure, tout comme l'autoportrait d'Albrecht Dürer se transforme en un centaure d'une violence contenue. L'exercice en forme de dédicace dérange, interroge, renvoie à notre propre imaginaire. L'art comme l'artiste vivent avec cette nature double du spirituel et du sensuel, du calcul et de la passion (Peter LÖRINCZ).

Le malaise se prolonge. Le centaure, pour Peter Lörincz, n'est pas seulement le sage Chiron, cher à Maurice de Guérin.
Il est aussi le Symbole de notre sauvagerie. La série des Centaures de Mourèze met en scene cette figure dans des paysages incongrus, prèsque irréels, bien qu'existants près de Montpellier. Paysages de chaos rocheux, de combes et de grottes où les centaures s'adonnent à des jeux de re-construction de la nature.
Mais est-ce seulement la nature minérale et végetale qui est ici evoquée ou bien notre propre nature de chair?
La question reste entière et rejoint celle de Maurice de Guérin.
Le discours graphique se poursuit. Que sont les centaures d'aujourd'hui: images de force, de violence, de sur-puissance.

Un soldat centauresque venu d'Amérique, des sportifs caparaçonnes, côtoient de dérisoires objets de publicité qui, tel ce Centaure-Monsieur-Propre, offre à la ménagère le rève de 1a pureté chimique. Le centaure mytbologique est bien mort, mais il questionne encore notre société. Quelles formes d'agression, de combat et de sauvagerie acceptons-nous encore?
Une creation comme un pamphlet.

Brigitte Benneteu – conservateur départemantal